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STAR WARS ROGUE ONE, la critique

17/01/2017

 

 Star Wars offre un univers qui s’étend sur des dizaines de milliers d'années. C'est ce que laisse entendre l'établissement d'une République Galactique comprenant des millions de systèmes. Jusqu’à présent, chaque épisode représentait une fenêtre sur un événement très précis au cours de cette longue histoire. Je vais me libérer tout de suite d’un poids, Rogue One est pour moi le moins bon épisode de la saga. Simplement, parce qu’en plus de piétiner allègrement ses codes, il se paye le luxe d’être un mauvais film sans personnages, ni enjeux dramatique autre que le fan service.

 

Cette saga, au même titre que celle de James Bond, doit répondre à des codes très précis. C’est une sorte de figure imposé, où la créativité d’un réalisateur doit être extrêmement cadrée. A ce titre, chaque film se caractérise par une relative unité de temps, donc pas d'ellipses d'une douzaine d'année par exemple. J.J. Abrams répondait à ce cahier des charges. Il apportait de la nouveauté tout en respectant profondément l’oeuvre de Georges Lucas. Ca n’est clairement pas le cas du projet de Gareth Edwards, qui ne fait au mieux que titiller notre nostalgie avec des reprises de plans ou des citations de personnages.

 

A partir de ce point, je préfère prévenir que je vais divulguer sans aucune précaution, les quelques non-événements totalement sans intérêt de ce film…

 

Pour commencer, double problème, et de taille : le personnage principal est aussi fade que son antagoniste. En effet, Jyn est un personnage totalement vide. On tente désespérément de lui donner de la matière au cours des événements, de lui coller des mentors qui ont vaguement un peu plus de fond qu’elle, mais elle n’en reste pas moins vide. Elle connait des gens et suit mollement le fil du récit. Elle est toujours exactement où on l’attend, au moment où on l’attend, sans aucune surprise ou étincelle de caractère. Pour être marquant, un personnage de leader doit avoir un petit train d’avance sur nous. C’est la base. Pour ce qui est de Krennic, le méchant vilain, dénué de toute forme de charisme, même le film se fout de sa tronche. Il se fait voler la vedette, et l’Etoile Noire, par un Peter Cushing numérique. Il n’est jamais intéressant, jamais dangereux ou inquiétant. Si encore on avait une once d’empathie pour son statut de fonctionnaire écrasé par la hiérarchie… Mais Rogue One n’est jamais aussi ambitieux que ça.

 

Je veux préciser que le casting de ce film n’est absolument pas mauvais en soi, il n’a tout simplement rien d’intéressant à jouer. J’en prend pour exemple Donnie Yen, probablement le plus grand artiste martial actuel du cinéma de Hong Kong, qui se voit d’une part utilisé comme argument commercial pour vendre le film en Asie, et d’autre part relégué à un vague rôle de sage alors que l’on aurait pu imaginer dans son personnage une évocation de figures comme le Sabreur Manchot ou Zatoichi. Cet archétype du combattant handicapé incontournable dans la pop culture asiatique. Et dans une saga où Yoda rendait magistralement hommage au Maîtres d’arts martiaux 37 ans plus tôt !! Enfin… Jusqu’au boût, j’aurais espéré que son vieux bâton dissimule un sabre laser !!

 

A ce stade, je pense qu’il est important de préciser que l’Empire n’est pas cool. Dark Vador est probablement un des mec les plus classes de l’univers mais c’est la première victime de l’Empire. L’Empire, c’est le totalitarisme. Un projet de Société patriarcale où seuls les “humains” ont droit de cité, où chaque singularité doit être caché derrière un casque standardisé, et où l’on ne dialogue pas avec les droïdes, qui sont uniquement fonctionnels. En effet, les aliens, les femmes, les R2, C3PO ou BB8, ne peuvent évoluer librement qu’au sein de la République, devenu l’Alliance Rebelle.

Or, dans Rogue One, aucun Stormtrooper n’est surpris d’entendre un droïde de l’Empire parler. Personne n’est surpris de voir passer un trooper avec le petit cul de Felicity Jones, accompagnée d’un gradé avec une barbe de 5 jours !! Je ne suis pas du genre à relever ce genre de détails mais c’est juste grotesque. C’est basiquement pas crédible, et c’est ne rien comprendre à ce qu’est Star Wars.

 

L’Empire atteint le comble du ridicule lorsque le personnage de Donnie Yen fait appel à la Force pour éviter les tirs de blaster, lors du soit disant magistral climax. A priori, on nous propose là une scène de tension. Cependant, je vous invite à compter le nombre de fois dans ce film où un trooper a touché sa cible. Mentalement multipliez ce chiffre par 2, et vous devriez obtenir un nombre équivalent à celui des flèches décochées par le Robin des Bois de Ridley Scott. C’est à dire un petit 4. Comment nous faire croire que ce personnage, dont je suis incapable de me rappeler le nom, effectue une action spectaculaire quand la supposée menace tire dans les faux plafonds depuis une heure quarante ?? Certe, ces pauvres troopers ont eu parfois des ratés chez Lucas, mais ils restaient convaincants. Là, on a affaire à de pauvres quilles blanches.

 

On casse ce qui fait la cohérence de l’univers en décrédibilisant la menace, la puissance qui provoque la chute de la galaxie dans la guerre et le côté obscure de la Force. Au delà d’une construction mythologique moderne, c’est l’évocation des dérives du 20e siècle dont on parle! Les Ewoks, aussi adorables soient-ils, évoquent les combattants vietnamiens, maîtres de leur terrain, face à l’impérialisme technologique américain.

Et lorsque Palpatine obtient les pleins pouvoir, cela nous rappelle simplement qu’un homme comme Hitler a utilisé les institutions démocratiques pour prendre le contrôle de son pays. C’est pas juste du vent tout ça, ça raconte quelque chose. Car oui aussi stylé soit-il le blaster de Han Solo reste un Mauser modifié, arme emblématique allemande ! Rien n’est jamais innocent. L’Empire doit être crédible pour que le récit de Lucas fonctionne. Et on peut faire exploser autant de planète que l’on veut au ralenti et en 3D, si les Stormtroopers ne savent pas tirer ça ne marchera jamais.

 

Enfin, la dernière chose qui me dérange c’est qu’il était était apparemment indispensable de sacrifier tous les personnages présents dans ce film sous prétexte qu’ils n’apparaissent pas dans la trilogie originelle. D’une part, ça vide la fin du film de toute tension dramatique, par son aspect systématique, d’autre part je trouve cette idée totalement irrecevable. Pour deux raison.

D’abord, parce que, par exemple, bien qu’il n’apparaisse ni dans l’épisode II ni dans l’épisode III, Darth Maul est bel et bien toujours vivant au terme de son combat contre Obi Wan Kenobi. Que ce soit dans l’ancien univers étendu ou dans le nouveau. Il suit tout simplement sa propre trame scénaristique. On parle ici d’un univers à l’échelle d’une galaxie, d’une guerre intersidérale. On est pas obligé de croiser un personnage au premier coin de rue de Tatooine uniquement parce que l’on sait qu’il est vivant !

Ensuite, ce film présente une unité d’élite, les Shadows Troopers, qui présentent un design ultra efficace, notamment lorsque l’on en fait de belles figurines articulées pour les fans lambda de Star Wars dans mon genre. Mais là où je veux en venir, c’est que cette unité d’élite n’apparaît pas plus dans la Trilogie que l’équipage du Rogue One ! Si l’on ne trouve rien à redire de l’apparition de cette unité d’élite, qui n’apparaît plus jamais dans les films suivants, pourquoi les autres personnages ne pourraient pas avoir une existence en dehors de ce film là?

 

Tous ces points pour en venir au fait que ça n’est pas parce que la caméra est portée à l’épaule, que la colorimétrie du film est grisâtre, que le film est sombre pour autant. Il n’existe aucun enjeu dramatique dans ce long métrage, et au delà aucun rappel culturel véritable. “Les Rebelles ont réussi à dérober les plans secrets de l’arme absolue de l’Empire”. Cette phrase de l’épisode IV suffisait. Les seuls qualités que je concède à ce film sont la reproduction du Star Wars de 1977 dans certaines ambiances et décors, et une certaine mise en scène relativement inédite de l’Etoile Noire. Je garde également de belles scènes qui renouvellent un peu Dark Vador. Cependant, aussi jouissives que celles-ci puissent être, elles n’ont strictement aucun impact sur l’intrigue de Rogue One. La plus grande scène du film restera le massacre perpétué par Vador, et je rappelle qu’à ce stade l’intrigue du film est bouclée.

 

Pour enfin conclure, je vais revenir au début du film.

Une des choses qui fait Star Wars, c’est le cérémonial, le texte déroulant lancé sur la musique tonitruante de John Williams, les volets de transition, l’utilisation d’acteurs indépendants relativement méconnus du grand public. Tout ce qui fait la magie de la petite bulle de deux heures que provoque la sortie d’un nouvel épisode. D’entrée, Rogue One nous prive de ça. Par ailleurs, je pense que c’est également la longue attente entre deux trilogie qui donne sa saveur à l’évènement. A mon humble avis, Disney s’est gravement trompé avec cette politique de spin off. Et j’ai vraiment peur que la recette Marvel, encouragée par les 900 millions de recettes déjà engrangés, n’entame gravement l’aura de cette franchise.

 

PS : J’ai vraiment un gros problème avec les cocotiers dans Star Wars...

 

 

 

De Gareth Edwards (II)

 

Avec Felicity Jones, Diego Luna, Ben Mendelsohn...

Genres : Aventure, Science fiction, Action

Nationalité : Américain

Durée : 2h14min

 

Date de sortie 14 décembre 2016

 

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