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ASSASSIN'S CREED, la critique

22/01/2017

Une chose me rassure vis-à-vis d’Assassin’s Creed. Malgré l’évolution multisupport qu’a connu la saga au fil des années, la chronologie de ce film n’entre absolument pas en corrélation avec les événements du jeu vidéo. Ce qui fait de ce film rien de plus qu'une publicité complètement raté pour la licence. Fassbender s'est beaucoup vanté en interview de n'avoir jamais joué au jeu, je pense que c'est le cas de chaque membre de l'équipe. En premier lieu le réalisateur.

 

Alors qu’il doit être exécuté, un marginal du nom de Cal Lynch se réveille prisonnier au sein de l’organisation Abstergo. Il devient le cobaye d’une expérience qui cherche à explorer son passé génétique, la vie de ses aïeuls, afin de retrouver les traces d’une relique légendaire. De belles promesses n’est-ce pas ?

 

Tout d’abord, ne vous faites pas d’illusions. A peine 10% du film se déroulent dans le passé. Le jeu Assassin’s Creed est une métaphore de l’expérience vidéoludique. Ce qu’on appelle l’Animus, l’interface qui permet d’explorer le passé, n’est qu’une représentation de la console. Le personnage du présent n’a aucune importance en soi. C’est le standard du jeune homme brun vide qui s’enrichit au fil de ses expériences dans l’Animus. Bref, dans le jeu, le passé historique représente 90% de l’expérience. Je pense que vous avez compris le problème du film.

 

Dans le jeu vidéo, l’Animus, la console, est l’interface entre nous et le passé. Ce rôle devrait logiquement revenir à l’écran au cinéma. Or Assassin’s Creed choisit de mettre en scène maladroitement l’outil plutôt que l’expérience.
De fait, nous devrions nous identifier au personnage de Aguilar de Nerha en pleine Inquisition Espagnole afin que le personnage du présent/le spectateur comprenne son combat par identification profonde, pas en visualisant le passé mais en le vivant. C’est comme si le réalisateur produisait un road movie en filmant un gros plan de la voiture pendant une heure trente.
De plus, les rares épisodes du passé sont entrecoupés de plans miroir dans l’Animus qui sortent complètement de l’action. Ici l’Animus est une Wii améliorée quand il s’agissait d’une chaise longue dans le jeu. L’Animus est sensé être une expérience mentale, spirituelle, avant d’être physique. Finalement, on passe deux heures devant une vidéo de gaming, à regarder Michael Fassbender jouer au jeu que l’on a chez soi en 100 fois mieux. L’identification est inexistante.

 

Plus j’y pense, plus je me dis qu’Ubisoft a eu peur d’assumer véritablement sa licence au cinéma. Par exemple, un des thèmes centraux du long métrage est la violence des hommes que les Templiers prétendent vouloir éradiquer, en l'illustrant par les agissements des Assassins.
Or les Assassins ne sont pas des individus intrinsèquement violents. Ce sont des hommes et de femmes qui choisissent d'embrasser une cause. Dans le climat actuel de radicalisation, il y avait probablement un film pertinent à creuser de ce côté là. On évoque à un moment l'étymologie hashishiyyin, mais il ne s'agit pas uniquement de linguistique. Les Assassins du jeu viennent de là. Il s'agit au départ d'une secte musulmane chiite iranienne et syrienne qui prendrait ses racine lors des Croisades. Je peux comprendre que le sujet soit sensible aujourd’hui, mais c’est justement pour cela qu’il aurait fallu en parler, d’autant que le premier jeu ne s’en privait pas. Chaque jeu démarre par cette phrase : “Inspiré de faits et de personnages réels, cette oeuvre de fiction a été conçue, développée et produite par une équipe multiculturelle de confessions et de croyances diverses”.

 

Tout ça pour en venir à ce point point précis : Assassin’s Creed n’est pas adaptable au cinéma. De par sa mécanique de jeu mais également de par les thèmes que la saga développe.

 

Au delà de ça, Assassin’s Creed bien qu’étant une adaptation ratée aurait pu être un film correct. Ca n’est pas le cas. En plus d’une identification très compliquée au personnage principal dont j’ai parlé plus tôt, le film souffre d’un énorme problème de premier degré. Sans jamais se donner les moyens de rendre son univers crédible, Assassin’s Creed se paie le luxe de se prendre absolument au sérieux. Et le casting n’aide vraiment pas. Michael Fassbender et Marion Cotillard, bien que talentueux, sont des comédiens qui ne savent pas transmettre la légèreté, la sympathie, l’humour. Le rôle le plus “fun” de Fassbender est celui d’un survivant de la Shaoh qui veut éradiquer les non mutants !! Quand il n’interprète pas un gréviste de la faim Irlandais, ou un addict au sexe totalement malsain. C’est un très mauvais choix pour Assassin’s Creed, fait uniquement pour donner un peu de crédit au projet. Pour ce qui est de Marion Cotillard, son personnage est tout simplement incohérent. D’une scène à l’autre, elle change d’avis, prend des décisions pour les contredire trente seconde plus tard.

 

On pourrait penser que la direction artistique est bonne mais tout ce qui est beau, classe, vient directement du jeu et tout ce qui a été fait différemment ne marche pas. Par exemple on décide de nous montrer sans cesse la Pomme d'Eden. Par la mise en scène, cet objet mythique ne devient rien de plus qu’une vulgaire boule de pétanque !! Ca n'est pas pour rien que Spielberg ne nous a jamais montré ce que contenait l'Arche d'Alliance.
De plus, on nous cache souvent la misère par un montage effréné et l’utilisation d’une fumée numérique horrible. Cette dernière peut vaguement se justifier par le contexte des bûchés innombrables de l’Inquisition Espagnole, mais là ça en devient caricatural. D’ailleurs, je n’ai pas compris le choix de ce contexte qui n’offre que très peu de repères historiques aux spectateurs.
Enfin, la musique est souvent hors propos, jamais épique et les passages abruptes du présent au passé créent quelques anachronismes malvenus.

 

Ah oui ! Dernier point. Dans Assassin’s Creed, les Assassins ne savent pas se battre. Le jeu a parfois été critiqué lorsque Ezzio Auditore pouvait tenir tête sans problème à cinq ou six adversaires. Néanmoins, déclencher les bons coups, en enchaînant lame secrète, rapière, dagues et j’en passe, dans un balais rappelant les plus grandes scènes des 3 Mousquetaires, provoque toujours un plaisir impérissable.
Dans l’adaptation, les chorégraphies sont totalement inexistantes, et les Assassins tombent comme des mouches dès lors qu’ils affrontent plus d’un adversaire. La mise en scène est tellement mal fichu qu’à un moment donné un Assassin prend une flèche. Or, à ce moment là, le seul personnage à tenir un arc est également un Assassin. Balèse !!

 

J’espère vous avoir peut-être donné envie de vous plonger ou replonger dans le jeu, mais je vous aurais prévenu si vous allez voir ce film en salle. Ici, ce sont les Templiers qui nous raconte l’histoire.

 

 

 

 

 

 

De Justin Kurzel

 

Avec Michael Fassbender, Marion Cotillard, Jeremy Irons...

Genres : Action, Science fiction

Nationalités : Etats-Unis, France

Durée : 1h 56min

 

Date de sortie 21 décembre 2016

 

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