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FLEUR DE TONNERRE, la critique

30/01/2017

 

Féru de faits divers historiques et un peu séduit par la talentueuse Déborah François que j'avais pu voir dans Ma Famille T'adore Déjà, je m'en allais ce vendredi soir vers mon cinéma préféré pour voir cette adaptation de la vie de la Jégado, la plus prolifique tueuse en série de l'histoire de France.

Après quelques minutes d'attente, alors que j'allais entrer dans la salle, je lançai un dernier regard sur l'affiche. Trop occupé jusqu'alors à porter mon attention sur le joli visage de Déborah, un détail en lettres blanches me sauta soudain au visage. Je vous restitue tel quel cette mystérieuse inscription qui me plongea alors dans une profonde perplexité :

" B-E-N-J-A-M-I-N-B-I-O-L-A-Y"

Les deux points serrés pour rassembler mes quelques forces, je décidai d'entrer malgré cet étrange avertissement. Trop tard pour faire demi-tour...

 

Reprenons notre sérieux ! Fleur de Tonnerre est la très libre adaptation de la vie d'Hélène Jégado, bonne de la première moitié du XIXe siècle, qui était excellente cuisinière mais avait parfois la main un peu lourde sur son ingrédient secret, le cyanure.

C'est Déborah François qui interprète ici l'empoisonneuse, et franchement elle s'en sort assez bien malgré une certaine tendance à jouer la folle façon Jack Torrance, qui la rend parfois caricaturale. Elle met beaucoup de bonnes volonté mais clairement la mise en scène ne l'aide pas beaucoup

 

Je n'ai pas réussi à déterminer s'il s'agissait d'une question de budget, de paresse ou d'un manque d'idées ou d'expérience, mais Fleur de Tonnerre est un film qui m'a laissé une impression très mitigée. Il jouit de formidables second rôles (hormis monsieur Biolay mais j'y reviendrai), certaines scènes sont brillantes, mais malgré tout ça ne marche pas.

D'après moi, pour plusieurs raisons :

Primo, le film n'a aucune structure, il tente d'adopter le point de vue de la Jégado mais ne s'y tient pas. Comme je l'ai dit plus tôt, c'est une réécriture extrêmement libre des faits historiques. Ca n'est absolument pas grave en soi, a condition que ce soit pertinent, que ca offre un propos et surtout du rythme à l'histoire. Ici, tout est un peu distendu, beaucoup de choses ne sont pas établies aux bons moments, sans véritable progression ni dans la psychologie ni dans l'horreur. De fait, nous faire adopter le point de vue de la Jegado aurait dû nous inciter à comprendre sa démarche, aussi folle soit elle. Mais le film établit dès le départ qu'elle est dérangée et on peine ensuite à trouver le fil conducteur.

Secondo, je dois préciser que Hélène Jégado était, malgré ses crimes, une femme très bigote. Alcoolique notoire, cleptomane, négligée, elle égrenait néanmoins un chapelet à longueur de journée dans un culte entre catholicisme et croyances bretonnes. Or, ici on oppose constamment les deux. La Jegado est une figure du mal, guidée par l'Ankou, serviteur de la Mort, qui vient chercher les âmes lorsque vient l'heure du trépas. L'idée aurait pu être bonne mais pas en la mettant constamment en opposition à l'Eglise. L'Ankou n'est pas le Diable, et la Jégado croyait à la Vierge et aux Mythes celtes. Le film pêche par son simplisme.

 

Ensuite, Fleur de Tonnerre se veut "naturaliste", or un film naturaliste, en France,  c'est un film sans budget que l'on va tourner en numérique. Caméra à l'épaule, pas ou peu d'étalonnage, pas de travail d'objectifs, un montage avec de longues plages de silence. Bizarrement, ca peut être bien fait quand c'est cohérent et continu sur tout le film. J'ai parlé de paresse plus tôt, parce que certaines scènes sont remarquablement écrites, mises en scène et réalisées. Mais à côté de ça, on se retrouve devant un téléfilm du service public il y a 15 ans. En vérité, je pense que soit le budget a été dilapidé très vite sur les bonnes scènes, soit le film a été terminé par un second réalisateur qui est parti dans une direction différente. En clair, je pense que Fleure de Tonnerre est un film malade et que ca se voit.

 

Enfin Benjamin Biolay. Avec force peine et au bout de nombreuses minutes, on comprend que son personnage est le pivot  de tout le récit. L'histoire d'amour qui va enrayer la course folle de la Jégado. Ce personnage qui du point de vue d'Hélène va nous paraître comme l'évidence, la porte de sortie, la rédemption de cette femme, sa dernière chance. Jamais je ne me permettrai de juger Biolay sur sa musique, ça n'est pas ma compétence, ça n'est pas mon terrain. Mais pour ce qui est de jouer la comédie, ca n'est absolument pas un acteur,  en tout cas pas dans ce rôle là, pas dans ce cinéma là.

Il n'est pas mono-expressif, il n'est pas expressif du tout. Ni physiquement, ni verbalement. Sa voix monocorde grave nous oblige même très souvent à faire des efforts de compréhension ! Jouer c'est partager ses émotions avec le spectateur, se livrer personnellement. Il ne partage rien parce qu'il ne vit pas ses scènes.

 

Pour résumer brièvement, un film contemplatif, lent, mais néanmoins chaotique et répétitif (ce qui est quasiment antinomique) mais dans lequel Déborah François confirme objectivement qu'elle a le talent pour composer de bons rôles féminins intéressants à condition de bien choisir ses projets et ses collaborateurs. Dommage, parce qu'il y avait une excellente histoire à raconter dans tout ça, servie, je le rappelle, par quelques excellents seconds rôles, qui restent sans aucun doute la force du cinéma français.

 

 

 

De Stéphanie Pillonca-Kervern

 

Avec Déborah François, Benjamin Biolay, Jonathan Zaccaï...

Genre : Drame

Nationalités : France, Belgique

Durée : 1h40min

 

Date de sortie 18 janvier 2017 

 

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