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SILENCE, la critique

16/02/2017

Au début du XVIIe siècle, deux frères jésuites partent pour le Japon afin de retrouver leur mentor, le père Feirrera. Envoyé quelques années plus tôt en Extrême Orient, afin d’évangéliser la population bouddhiste de l’archipel, celui-ci aurait renoncé à sa foi.
Arrivés sur place, les jeunes prêtres découvrent un pays où la religion chrétienne est persécutée par une inquisition sans pitié.

 

En 1988, lorsque sort La Dernière Tentation du Christ, Martin Scorsese propose une vision du Messie qui provoquera la condamnation de l’Eglise avant même la sortie du film, ainsi que plusieurs attentats d’intégristes religieux, qui iront jusqu’à l’incendie de plusieurs cinéma en France ainsi que la mort d’un spectateur.

Les années ont passé et le réalisateur incontournable nous revient avec une oeuvre qui ne traite plus directement du sujet du Christ, mais qui n’en est pas moins une interrogation puissante par rapport à la pertinence de la foi Chrétienne.

 

Dans la droite lignée du Apocalypse Now de son ami Brian de Palma, Martin Scorsese nous raconte une odyssée à travers le Japon durant laquelle son personnage principal, investi d’une mission, se verra confronté aux contradictions de ses propres certitudes, jusqu’à la rencontre finale avec l’objet de sa quête. Silence est un film sur la Foi avant tout, confrontée au voyage et à l’expérience de la vie réelle. Mais au delà, il présente la confrontation destructrice entre deux cultures aux antipodes géographiques et surtout religieuses.

 

A ce titre, Silence nous propose une mise en scène véritablement schizophrénique, où, alors que l’on pense d’abord que l’on a affaire à un monde cohérent, la mise en scène et le récit vont mettre très progressivement en exergue les oppositions culturelles pour finalement nous exposer l’incompatibilité spirituelle de deux mondes.

Plus le film avance et plus les effets de styles sont appuyés dans une direction puis dans celle opposée, tant en termes de photographie, de costumes que de lumière. La composition des plans est toujours précisément caractéristique des style européen ou japonais afin de pouvoir les confronter.

Silence témoigne constamment de l’immense culture visuelle, iconique  et cinématographique de son réalisateur. Sa mise en scène des mains, des muscles, des corps décharnés, dessinés à l’extrême de par la photographie, fait directement référence au pure style de la peinture catholique. La représentation des bouddhistes, quant à elle  puise son inspiration dans les plus grand classiques du cinéma japonais, comme Kurosawa ou Kobayashi, dont Scorsese parvient à calquer le sens du montage et le rythme du verbe, bien qu’à ma connaissance il ne maîtrise pas la langue.

Esthétiquement, c’est quasiment un sans faute. Mais, si je devais pointer du doigt deux légers problèmes, ce serait la qualité de certains maquillages et une mauvaise intégration d’éléments numériques, notamment dans les scènes aquatiques où les effets de brumes et de vagues ne sont pas vraiment réussis et jurent avec le naturalisme du reste du film.

 

En cohérence, le réalisateur a choisi des acteurs très physiques pour incarner ses personnages. Et à mon avis aux physiques particulièrement européens. En premier lieu, Andrew Garfield impeccable dans l’interprétation du frère Rodrigues, à qui il apporte une humanité pleine de failles, et dont il parvient très bien à traduire physiquement les doutes spirituels. A ses côtés, Adam Driver, très loin de sa stature de Kylo Ren, nous propose un personnage tout aussi tourmenté à qui il donne un corps rachitique caractéristique de la diète monastique. Le père Ferreira est quand à lui interprété par un Liam Neeson qui retrouve la stature de ses plus grands rôles.
La distribution japonaise est tout aussi remarquable, avec un Tadanobu Asano en interprète chaleureux mais redoutable, un Yosuke Kubozuka, véritable fantôme de Judas, ou encore un Shinya Tsukamoto, christique. Assurément un casting de gueules.

 

Silence n’est pas, comme on l’a souvent vu, un film américain raté et irrespectueux sur une culture Japonaise incomprise, mais bien une oeuvre hybride, pragmatique, confrontant deux cultures sans véritablement apporter de jugement de valeur définitif sur l’une ou l’autre. Il témoigne une fois de plus de l’élasticité du style de Martin Scorsese.

 

 

 

De Martin Scorsese

 

Avec Andrew Garfield, Adam Driver, Liam Neeson...

Genres : Drame, Historique

Nationalités : USA, Taiwan, Mexique…

Durée : 2h 41min

 

Sortie le 8 février 2017

 

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