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MOONLIGHT, la critique

22/02/2017

Dans son ouvrage Une Colère Noire, Ta-Nehisi Coates explique à son fils ce que c'est qu'être noir aux États-Unis. Il émet l'idée que, de par leur histoire, les african-americans ont été dépossédés de leur propre corps,  du droit de disposer d’eux mêmes. Dans une volonté de réappropriation, une communauté s'est formée, autour d'une culture, d'une identité physique et intellectuelle extrêmement codifiée malgré des contraintes socio-économiques écrasantes. Dans cette unité communautaire, quelle place peut on laisser à ceux qui ne suivent pas les codes ? C'est la question à laquelle tente de répondre ce grand film dont je vais tenter ici la critique.

 

A travers trois fragments de la vie de Chiron, Moonlight nous raconte le parcours d'un enfant, d'un adolescent puis d'un homme qui va d'abord appréhender sa différence pour aller progressivement vers l'éventuelle acceptation de son homosexualité.

 

D’abord, comment être homosexuel dans un cadre social régit par la dictature de la virilité ?

Il est important de noter que Moonlight écarte toute notion du choix d'être gay, il ne cherche pas à expliquer. Il n'y a pas à expliquer. Il nous montre un petit garçon qui très tôt est différent des autres. Il ne s'agit pas d'une perversion récréative, mais d'un cheminement profond et originel d'un individu en construction.

Pour ce faire, 20 ans s'écoulent où l'on appréhende toute l'ampleur d'une souffrance. Bien qu'il compte des passages difficiles, ce long métrage n'adopte pas une mise en scène véritablement brutale. Il dilue ses effets, étire ses scènes au maximum pour mieux imposer l'idée de quotidien, l'idée que ce mal-être se vit jour après jour.

Caméra à l'épaule, tremblant, parfois dans le flou, éblouit par un éclairage naturel aux lumières parasites, on se demande constamment quelle sera l'issue de ce film, tant le peu de portes de sorties qu'il propose se referme quasi instantanément. La réalisation cadre magnifiquement le réel mais hurle qu'elle ne parvient pas à maîtriser cet environnement malade.

 

Ensuite, Moonlight fait montre d'une direction d'acteurs exemplaire. Trois comédiens se succèdent dans le rôle de Chiron et c'est pourtant ces mêmes yeux perdus que l'on retrouve d'une époque à l'autre, dans une continuité absolument parfaite de son interprétation. Noomie Harris et Mahershala Ali sont également brillants dans des rôles complexes, symboliques des postulats de ce films.

 

 

Enfin, il serait extrêmement réducteur de penser que Moonlight ne se résume qu'à une défense de l'homosexualité. Cette thématique est englobée dans une problématique beaucoup plus dévastatrice. Le poids des normes sociales. Car au même titre que Chiron ne parvient pas à trouver sa place dans la société, tous les personnages qu'il rencontre sont soumis à une fatalité, des codes inextricables, impossibles à dépasser. Les garçons iront en prisons, les filles seront leur outils de virilisation, les femmes ne pourront pas véritablement être mère et les homme ne pourront pas véritablement être père. Chacun est soumis à cette trajectoire de vie.

Quelque part, Moonlight exprime qu'en fait l'homophobie est autant un dictat de la société, que l'homosexualité en est une anomalie qui ne peut pas y trouver sa place.

Cette communauté est une prison à ciel ouvert où chacun devra finalement entrer dans sa cellule, dans le rang, sans aucun espoir d'émancipation.


Moonlight appelle à cesser de tolérer l'intolérable pour enfin s'ouvrir à une véritable appropriation de son propre corps, de sa sexualité et au delà de sa propre existence. Cela en fait un film d'une justesse inégalable, et profondément utile.

 

 


De Barry Jenkins


Avec Alex R. Hibbert, Ashton Sanders, Trevante Rhodes plus
Genre : Drame
Nationalité : USA

Durée : 1h51min

 

Sortie le  1er février 2017

 

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