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SPLIT, la critique

14/03/2017

Où en est M. Night Shyamalan ? Après le très bon Sixième Sens et l'exceptionnel Incassable, il a connu une suite de carrière relativement catastrophique. Peu à peu, un ego surdimensionné a pris le dessus, des choix discutables l'ont mené à devoir accepter des films de commande qui l'ont conduit à la faillite artistique. Alors que reste t-il du jeune Shyamalan surdoué d'il y a 15 ans ?

 

Trois adolescentes sont enlevées puis séquestrée. Au fil des confrontations avec leur ravisseur, celle-ci vont se rendre compte peu à peu qu'elles ont affaire à un être multiple, habité par des personnalités très différentes, préparant la venue d'un être suprême, la Bête.

 

Comme lors de la productions de ses meilleurs films, Shyamalan profite ici de l’investissement d’un très grand acteur. Après Samuel L. Jackson et Bruce Willis, c’est James McAvoy qui se met ici au service du réalisateur. Interprétant tour à tour chacun des personnages qui peuple le cerveau étrange de son personnage, souvent sans coupure de plan, le comédien apporte une prestation exemplaire. C’est le gros point fort de Split. A travers ce personnage finalement sans âge, ni genre véritable, le réalisateur nous offre un rappel évidemment au personnage de Norman Bates, tant dans la mise en scène des dialogues entre personnalités, que dans un certain parti pris grotesque de l’étrangeté du personnage. Un personnage assumé comme étant tour à tour fragile, menaçant, violent ou même ridicule.

 

Ensuite arrivent les problèmes. Et l’on constate que oui Shyamalan s’est beaucoup abîmé au fil des années. Le propos est là mais le traitement n’est plus aussi brillant, la mise en scène plus aussi léchée qu’avant.

Il reste quelques bonnes idées bien sûr, mais là où ses premiers films tentaient de bousculer un peu les code de leur époque, où Sixième Sens allait à contre courant de la mode des slashers des années 2000 et où Incassable méprisait les règles des films de super héros pour proposer une réflexion extrêmement pertinente, Split reste beaucoup trop dans les clous. Notamment sur le plan graphique. 
Pire, il cède à certaines facilités grossières, comme déshabiller progressivement ses comédiennes, ou encore céder une fois de plus à son ego en se mettant lui-même en scène dans un personnage qui sans aucune innocence est le “gardien des images”.

 

Cependant nous sommes chez le maître du twist, c’est pourquoi je vous invite à ne poursuivre cette lecture qu’à vos risques et périls… ou à sauter ce paragraphe pour aller voir directement ma note.


 

C’est bon ?
Ici, le twist n’intervient qu’à la toute dernière seconde du film, pour venir largement l’éclairer.

En effet, dans ce thriller psychologique on voit peu à peu apparaître une dimension fantastique assez étrange.

On a l’habitude de voir à l’écran des personnages dérangés. Et l’on part du principe qu’ici, on a à faire un schizophrène de plus. Particulièrement nombreux dans sa tête, mais très classique. C’est pourquoi lorsque la dimension corporelle de ses facultés devient évidente, on est un peu perdu. Oui lors qu’il est un enfant il est plus faible, et lors qu’il est un homme de 1m90, son cerveau lui donne la force d’incarner cette personnalité. Le cerveau est puissant, et comme on accepte la fameuse histoire de la mère de famille qui pourrait soulever une voiture pour sauver son bébé, on admet que ce personnage soit capable de ça.

Mais le dernier acte du film va bien au delà. Et finalement jusqu’à la toute dernière scène on se dit “Shyamalan n’a pas su se contenter de faire comme les autres”, “il a voulu trop en faire”, “il a créé cette aberration sans souci de l’amener progressivement dans son film.” “C’est incohérent”. La démonstration de fait ne marche pas vraiment, elle est bancale. Jusqu’à ce plan final qui nous fait comprendre que sa démonstration, il nous l’a déjà faite il y a bien des années dans la bouche d’Elijah Price.
Si j’ai un regret avec Split, c’est qu’il arrive 15 ans trop tard. M. Night Shyamalan a peut-être encore les capacités de poursuivre ce travail, mais à l’évidence il a perdu un peu du génie de ses débuts. Ce qui fait la différence entre un bon réalisateur et un grand réalisateur. Et j’ai eu le déplaisir de constater dans la salle que certains jeunes n’avaient jamais entendu parler de David Dunn...

 

 

 

 


De M. Night Shyamalan


Avec James McAvoy, Anya Taylor-Joy, Betty Buckley...
Genres : Thriller, Fantastique, Epouvante-horreur
Nationalité : USA

Durée : 1h57min

 

Date de sortie 22 février 2017

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