LA BELLE ET LA BÊTE, la critique


Quelle erreur !! Je préviens tout de suite, je vais raconter un peu ma vie. En ce vendredi matin, j’avais hâte d’aller découvrir ce remake de ce qui est pour moi un des plus grands films d’animations (juste derrière Le Roi Lion). J’ai eu le plaisir de vivre, comme ceux de ma génération, le second âge d’or du studio Disney, et pour me mettre dans l’ambiance je chantais sous la douche quelques uns des meilleurs morceaux de la bande originale que j’attendais de redécouvrir avec impatience le soir même. Malheureusement, dans l’excitation et la précipitation j’ai oublié ma Carte UGC dans mon jean de la veille ! Qu’à cela ne tienne, je suis rentré chez moi regarder pour la 100e fois le film original. Monumentale erreur…


La France au XVIIe siècle. Condamné à vivre sous l’apparence d’une bête, un jeune prince a pour seul espoir d’aimer et d’être aimé en retour afin de briser la malédiction.


Histoire éternelle, la Belle et la Bête est un compte qui connaît de nombreuses variantes à travers le monde. De ce fait, il a également connu de nombreuses adaptations cinématographiques qui ont traitées le mythe de différentes manières, souvent avec un grand succès. Évidemment, quoi que l’on puisse reprocher à cette réactualisation du dessin animé de 1991, le récit est toujours aussi beau, intemporel.

Cependant, la Bête et la Bête souffre de certaines faiblesses qui en font, pour moi, un film moins efficace que l’oeuvre de Gary Trousdale et Kirk Wise.


D’abord, pour une bonne moitié des éléments de mise en scène, ce film est une transposition directe du film d’animation. Là où le remake du Livre de la Jungle prenait la liberté de reconstruire complètement la narration, ce film va jusqu’à commettre l’erreur de proposer parfois du plan-par-plan à travers lesquels il démontre indéniablement son infériorité vis-à-vis de son prédécesseur.

Dans la même logique, il reprend directement le principe de comédie musicale totale du film de 1991. Malheureusement, la transposition en prise de vue live s’avère souvent hasardeuse. Bien que l’hommage aux titres composés par le regretté Alan Menken soit réellement réussi, une fois les chansons terminées, le jeu des acteurs a du mal à retrouver la sobriété nécessaire à la mise en place de véritable émotions.

De même, le film souffre d’une certaine incohérence visuelle en terme de décors. Par exemple, là où le village ne parvient jamais à faire oublier son aspect artificiel (le rendu rappelant dangereusement certains décors d’Astérix), le château propose certaines pièces où la patine des murs est absolument convaincante. Le mélange entre ces aspects contradictoires a beaucoup de mal à fonctionner. Et au delà, il m’a semblé que les objets animés souffraient justement de ce problème. Le réalisme de leur design laisse très peu de place à leur grandiloquence, ce qui abouti à un aspect assez vilain des personnages simples que nous avions adoré en animation.


Mais tout ça, ça n’est pas le plus important n’est-ce pas ?! Qu’en est-il de la Belle ? Qu’en est-il de la Bête ?

Tout d’abord, sans briller véritablement, Emma Watson fait le travail. Elle est convaincante en jeune femme intelligente et indépendante, ce qu’elle est d’ailleurs sans doute, mais ce qui m’a gêné c’est sa difficulté à être à l’aise avec la technique de réalisation. D’abord le playback : bien qu’elle soit vocalement une interprète convaincant, une fois sur le plateau, on n’a jamais véritablement l’impression que le son sort d’elle. On sent qu’elle a mis plus de coeur en studio que devant la caméra. Ensuite, dans ses interactions avec la bête : bien que j’imagine que l’interprète de la Bête ait été sur le plateau à ses côtés, on a souvent l’impression qu’elle joue seule face à un objet numérique. Ca n’est clairement pas uniquement sa faute, mais ce défaut gâche en partie la scène la plus importante du film, le bal.


Enfin, la Bête. Techniquement presque rien à redire, si ce ne sont les défauts dont j’ai parlé plus haut. J’aurais également aimé la voir un peu plus effrayante, un peu plus énorme, plus chimérique et monstrueuse, mais c’est une question de goûts. L’interprétation de Dan Stevens est efficace à travers le maquillage de la créature mais malgré son talent il ne m’a pas totalement convaincu.

Etrangement, je reproche au film quelques plans “torse-poil” de la Bête, caractéristiques des productions trop teenagers de Disney/Marvel, mais dans le même temps j’aurais véritablement souhaité voir un acteur comme Chris Hemsworth dans le rôle titre. Je m’explique.

La principale caractéristique d’une adaptation réussie de ce récit est de nous faire détester le Prince une fois que la métamorphose a fait disparaître la Bête, à laquelle nous nous étions profondément attachés. Car en vérité, c’est lui le personnage principal, sa transformation physique n’étant que la métaphore directe de son évolution spirituelle profonde. La Belle est évidemment importante mais vit moins de bouleversements profonds de son caractère. De fait, j’aurais aimé voir une star dans le rôle de la Bête. Un interprète à qui on est directement attaché, dont on aurait reconnu les traits derrière la modélisation et qu’on aurait eu un vrai plaisir à retrouver à la fin. Malheureusement, selon moi, le choix de Dan Stevens ne marche pas pour ces raisons là.


Au passage, un petit mot de Gaston, interprété par un Luke Evans en roue libre, qui prend un plaisir certains à interpréter cet antagoniste qui est paradoxalement à la fois plus détestable et plus attachant que dans le film de 1991.


Pour conclure, oui, j’ai beaucoup comparé ce remake au film d’animation dont il s’inspire. Justement, parce qu’il a fait le choix de rester soumis à ce qui avait été fait précédemment.

Je ne l’ai pas précisé mais il apporte beaucoup de nouvelles choses pertinentes qui rééquilibrent et enrichissent le récit. Mais elle sont limitées. On y trouve également des références à des adaptations antérieures, ainsi qu’au premier projet avorté de Disney. Malheureusement, ça ne suffit pas à recréer véritablement la magie.

En toute objectivité, c’est plutôt un très bon film, mais cela reste une pâle copie d’un film d’animation exceptionnel.


De Bill Condon

Avec Emma Watson, Dan Stevens, Luke Evans Genres : Fantastique, Romance, Musical Nationalité : USA

Durée : 2h09min

Date de sortie 22 mars 2017


© 2017 Les Critiques de Nico. Créé avec Wix.com

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