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GHOST IN THE SHELL, la critique

18/04/2017

Oeuvre culte du cyberpunk, Ghost In The Shell a été adapté sous la forme d’un film d’animation au milieu des années 90. Et puisque dans “CYBERPUNK”, il y a “PUNK”, la proposition était de nous balancer les éléments dans le désordre, d’en omettre certains, au mépris des structures narratives habituelles, sans souci de compréhension ou d’appréhension. Cela avait le mérite de la singularité, de forcer l’identification et la réflexion du spectateur par la recherche de points de repères communs avec notre monde réel. Un film qui s’apprécie sur le long terme après quelques visionnages. Bref, un ovni, notamment pour Hollywood, à mille lieues de comprendre encore qu’il est parfois intéressant de prendre quelques risques.

Dans un futur proche, dans une société où l’humain est augmenté technologiquement et où il n’existe plus aucune distinction entre la chair et le hardware, les crimes informatiques sont devenus la principale menace. Pour combattre celle-ci, la Section 9 forme une unité d’élite capable d’intervenir tant sur les réseaux que l’arme au poing.
Parmis eux, le Major, une jeune femme dont le corps détruit a été remplacé par un celui d’une machine, ne conservant que son cerveau et quelques souvenirs. Tout bascule, lorsque peu à peu le voile sur son passé commence à se déchirer.

 

Vingt deux ans après le film d'animation dont j’ai parlé plus haut, Rupert Sanders, réalisateur de Blanche-Neige et le Chasseur -sic- propose un remake ramolli et écrasé dans le moule des productions hollywoodiennes. Certe, il offre une structure plus familière pour raconter cette histoire, par ailleurs largement modifiée, mais c’est au prix de son originalité. Ici, plus rien ne sépare vraiment le Major d’un mauvais Robocop.

 

Ainsi, l’action est omniprésente afin de proposer un divertissement qui plaira au plus grand nombre mais c’est au détriment de la réflexion philosophique qui faisait le sel du manga. Ici, une fois sorti de la salle, tout est déjà digéré.

Oui, il y a de l'action mais elle souffre d'un cruel manque d’originalité et d’efficacité dans sa mise en scène. Tout cela pour aboutir à un long métrage fade, sans véritable intérêt. Les chorégraphies sont inexistantes et le travail des costumes extrêmement paresseux. Globalement, jamais les personnages ne sont mis en valeur par la recherche graphique. Enfin, la musique, élément essentiel de la première adaptation, se plie ici aux standards du genre.

 

Pour ce qui est du casting, les présences de Juliette Binoche et de Takeshi Kitano viennent vaguement relever un peu le niveau d'un éventail de personnages assez lisses, attendus, et plutôt mal interprété.
Et il en va de même pour ce qui est du choix de Scarlett Johansson, qui doit porter, pour moi, le plus gros problème du film :  la transformation complète de la problématique du personnage principal.

 

En effet, dans la version animée, Major est absolument à l’aise avec son corps. Son but est de savoir si au delà de son apparence humaine, elle possède une âme, cet élément qui ferait d’elle autre chose qu’une machine. Est-elle vivante ou est-elle simplement un outil très avancé ? Elle a totalement fait le deuil du passé de son cerveau, c’est une pièce de son corps parmi d’autres. Mais cet élément, le “ghost”, suffit-il à faire d’elle un être humain doté d’une véritable existence ?

Le film, à l'inverse, se focalise sur la recherche du passé de cette partie organique. Malgré les plans putassiers de Scarlett Johansson en combinaisons moulante suggérant sa nudité, le personnage est en combat constant contre ce corps qu’elle n’a pas choisi. Il n’a aucun attachement pour cette enveloppe mécanique, sa quête se focalisant sur la recherche de sa vie passé, là où le manga cherche justement un sens dans la vie présente.


En terme d’interprétation, cela se traduit par le fait que Scarlett Johansson surjoue un personnage au antipode de sa façon d’être. En bref, elle fait du Lucy. Rentrer la tête dans les épaules ne suffit pas à être badass, marcher de façon mécanique est simplement ridicule lorsque l’on interprète un personnage qu’en apparence rien ne distingue d’un humain.

Le choix de Scarlett Johansson est une erreur complète. Bonne actrice certes, et aussi belle qu’elle puisse être, c’est une femme d’une beauté naturelle, pas parfaite mais charnelle. Bref, on est très loin de ce que l’on pourrait attendre d’un androïd, fabriqué par une multinationale.

Au delà de la pauvreté des costumes dont je parlais plus haut, sa coiffure, reprise sans conviction du manga, donne ici l’impression que le Major s’est coupée les cheveux elle-même, uniquement dans un but fonctionnel. Son allure en dit beaucoup sur l’incompréhension du personnage lors de la conception du film.

Pour être clair, il est évident que le choix Scarlett Johansson est purement commercial, tant elle est loin d’incarner le personnage charismatique et robotique de l’œuvre originale.


Pour toutes ces raisons, Ghost in The Shell est moins une adaptation respectueuse qu’une production qui exploite malhonnêtement une licence. Ca n’en fait pas totalement un mauvais film, mais cela reste néanmoins la proposition d’une histoire déjà largement éculée par énormément de films avant lui. Et de bien meilleures façon. 

 

 

 
De Rupert Sanders


Avec Scarlett Johansson, Pilou Asbæk, Takeshi Kitano, Juliette Binoche...
Genres : Action, Science fiction
Nationalité : USA
Durée : 1h47min

 

Date de sortie 29 mars 2017 (1h 47min)

 

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