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LE CAIRE CONFIDENTIEL

31/07/2017

écrit par

Un film policier est une oeuvre dont l’intrigue principale consiste en une enquête durant laquelle les personnages principaux partent à la recherche d’une vérité, afin de désigner un coupable. On y traite la plupart du temps de la société et de ses dérives. Ce que l’on désigne comme polar reprend toutes ces caractéristiques mais se démarque, selon moi, par une vision du monde particulièrement désabusée. C’est pour cela que l’on y rencontre plus communément des détectives, par exemple, généralement d’ancien flics s’étant mis en marge, trahis trop souvent par un système corrompu.
Placer une intrigue policière à l’aube de la révolution égyptienne apparaît alors comme une évidence. Présenter le quotidien de la Police, d’un système politico-judiciaire en plein effondrement est une idée remarquable, mais encore fallait-il avoir l’intransigeance nécessaire et la méthode adéquate pour exploiter véritablement le thème.

 

Janvier 2011, une jeune chanteuse est assassinée dans un grand hôtel du Caire. L’inspecteur Noredin se voit alors confier l’affaire. Malgré les embûches placées sur sa route par un système politico-judiciaire véreux, dont il est lui même l’acteur, il décide d’aller au bout de son enquête.

 

La principale erreur du film est de ne pas choisir sa narration. En bref, il existe deux méthodes principales pour raconter une intrigue policière. On les appelle parfois les méthodes Columbo et Poirot.
Dans la première, on sait dès le départ qui est le coupable. Dans un jeu du chat et de la souris, l’enquêteur cherche à faire tomber ce criminel de son piédestal. Ce genre est souvent teinté d’un aspect “lutte des classes” très efficace.
Dans la seconde, on ignore qui a commis le crime mais on suit pas à pas l’enquête et ses rebondissements. A la fin, la vérité éclate à notre plus grand étonnement. Elle est toute aussi sociale, de par l’immersion nécessaire à la résolution du mystère.

Ces deux méthodes impliquent de la surprise, reposant principalement sur le fait qu’à un moment donné le spectateur doit être flatté d’avoir le même instinct que l’enquêteur, il s’identifie, pour finalement être pris de court par l’ingéniosité de ce dernier lors de la grande révélation finale. Le Caire Confidentiel ne choisit pas, il veut faire les deux et il le fait mal. On commence par nous montrer clairement qui est le coupable, pour ensuite nous raconter l’histoire comme si chaque nouvelle révélation réservait son lot de surprise. On part du postulat que dans cette Egypte mourante, tout est pourri, pour finalement aboutir au fait que tout est pourri. Sans rien entre les deux. C’est plat, et sans saveur.
Ce film ne réserve véritablement aucune surprise, sauf en ce qui concerne la naïveté totale de son personnage principal. Malgré un certaine volonté de faire son travail de flic, il est tout aussi incompétent que les autres et tombera dans tous les pièges tendus devant lui. Pour ma part, il m’a été impossible de m’identifier tant ce personnage ne voit pas arriver les choses. Le moindre spectateur lambda, un peu familier des oeuvres policières, aura deviné à chaque fois, dix minutes avant Noredin, de quoi il retourne.

Ensuite, ce long métrage ne choisit pas véritablement son point de vue, élément indispensable au récit d’enquête. Il laisse entendre que l’on va suivre parallèlement l’évolution d’un flic et d’une témoin, cependant les scènes de cette dernière sont relativement anecdotiques, et la réunion attendue, mais extrêmement tardive, de ces deux personnages ne mènera strictement à rien. Jamais l’on ne croit que cette histoire aboutira à un semblant de justice, alors jamais l’on a d’émotions dramatiques devant ce film. C’est particulièrement regrettable, tant la distribution est convaincante.

Je comprend pourquoi Le Caire Confidentiel est présenté comme “le polar de l’année”. C’est évidemment pour ses aspects historique et politique mais à trop vouloir abonder dans ce sens, il échoue sur tous les tableaux.
Le réalisateur, Tarik Saleh, cherche tellement à montrer que le système de Moubarak est corrompu, injuste et inacceptable qu’il oublie totalement d’insuffler cette part d’espoir qui créera plus tard la déception ultime avant l’effondrement inéluctable du système.
Le cinéma asiatique le fait par exemple très bien. Il faut quelques rayons de lumière pour donner du contraste et montrer la noirceur d’un contexte. Ca n’est pas pour rien que l’on met souvent, dans les pattes d’un flic dégoûté ou d’un tueur glacial, des personnages présumés fragiles, comme un bébé ou une jeune femme aveugle.
En fait, tout est tellement pourri selon le postulat du film, que finalement rien ne devrait subsister après la révolution. Dans ce contexte apocalyptique du Printemps Arabe, chaque égyptien est présenté comme sacrifiable, et tout étranger met sa vie en danger et devrait quitter le pays avant d’être englouti par ce bouleversement inéluctable. Mais à trop vouloir parler de politique, on déstructure complètement l’enquête, les rebondissements du récit. Un film policier est politique, par définition, car il traite toujours de la société. Selon moi, c’est tout simplement la richesse qui définit le film de genre.

 

 

 

De Tarik Saleh

 

Avec Fares Fares, Mari Malek, Yasser Ali Maher...

Genres : Policier, Thriller

Nationalité : Suède, Allemagne, Danemark

Durée : 1h50min

 

Date de sortie 5 juillet 2017

 

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