DEATH NOTE, la critique


Un jour au lycée, le jeune Light Turner trouve un carnet lu permettant de tuer toute personne dont-il inscrit le nom. Très vite, un enquêteur mystérieux se lance à sa poursuite, bien déterminer à l'arrêter dans sa folle croisade pour purifier le monde.

Tout d’abord, je tiens à préciser que je ne suis pas un de ces gardiens du temple qui considèrent que toute adaptation d’une oeuvre japonaise, ou autre d’ailleurs, ne peut être réalisée que par et avec des ressortissants du pays d’origine. Je n’ai aucun problème avec le fait qu’un producteur étranger propose sa vision de l’oeuvre, quand bien même elle connaîtrait certaines transformations. L’essentiel est de respecter ce qui fait le matériaux de base. Je n’ai donc aucun problème avec le fait que cette nouvelle version du manga de Tsugumi Ôba et Takeshi Obata se passe aux Etats Unis, ou que L soit devenu noir. Peu m’importe, et s’il ne s’agissait que de ça, ce Death Note de Adam Wingard, produit par Netflix serait probablement un bien meilleur film.


Certains pensent que Netflix est le futur du cinéma. Si je ne partage pas cette opinion, je dois avouer que le fait d’être confortablement installé dans mon canapé m’a permis de prendre toutes les notes nécessaires à cette critique. Je ne pourrais pas faire de liste exhaustive, tant il y a à reprocher à ce film, j’essaierai donc de distinguer de grands axes, en commençant d’abord par ce qui fait l’oeuvre originale.


Voici, selon moi, ce qui définit Death Note principalement : le point de vue du personnage de Light/Kira, sa confrontation avec une nemesis qui fonctionne en miroir, chacun d’un côté d’une ligne morale et enfin, évidemment, le système de règle du Death Note et des Dieux de la Mort.


Qui est le personnage de Light ? Un jeune homme intelligent, beau, athlétique, qui plait aux femmes, etc, etc, etc… Bref un jeune homme qui a tout pour réussir. Il est promis à un brillant avenir, et en quelque sorte, au sein d’une société japonaise où chaque parent élève son enfant dans le but d’en faire le membre d’une élite absolue, Light est déjà au sommet de la chaîne alimentaire. Tout aussi parfaite soit-elle, sa vie n’a déjà plus de véritable moteur. Finalement, il ne lui manque qu’une seule chose : le pouvoir. Et comme sa réussite a été jusqu’ici absolue, il ne pourra concevoir ce pouvoir autrement que de cette manière.

C’est finalement un personnage à qui la vie n’a jamais dit non, que l’on cite comme exemple. Un enfant roi, qui même s’il a répondu à toutes les exigences de la société qui le porte, n’en a pas moins besoin de reconnaissance, probablement à juste titre. C’est alors qu’il se verra remettre le Death Note, un carnet au pouvoir illimité entre les mains de celui qui saura en faire l’usage. De là, se posera la question ses valeurs, et de l’ambition de devenir l’égal d’un Dieu dans une société taillée pour l’oeuvre qu’il va accomplir. Voilà qui est Light Yagami selon moi.

Pour ce qui est de Light Turner, et bien… c’est le mec étrange du lycée, ”awkward” de service, cher aux scénarios américains les plus faciles. Orphelin de mère, il vit évidemment une relation dysfonctionnelle avec son père. On nous parle très vite de problèmes comportementaux. Il est collé régulièrement, griffonne dans son coin et évidemment, il n’a d’yeux que pour la jolie pom-pom-girl du lycée. Ca c’est dans le texte, mais évidemment, l’enjeu d’une adaptation est de donner corps à tout ça. Et bien, prenez le Nicolas Cage toxico de ses pires films, enlevez-lui 30 ans, ajoutez-lui une jolie mèche emo ringarde pour montrer subtilement qu’il est bien en marge de la société et vous obtenez Light Turner, interprété par Nat Wolff, un comédien qui, quand il ne donne pas l’air de s’ennuyer comme un rat mort, surjoue à l’extrême. Tout ceci atteint des sommets dans les scènes de “tensions”, où il se met à beugler comme certaines des plus grandes “scream queen”, avant de fuir en courant comme un bossu (à tel point que je me suis vraiment demandé si l’acteur n’avait pas un réel handicap moteur). Et si ça n’était que ça ? Finalement, là où le manga nous proposait une vision de la société japonaise, le film n’est pas loin d’en faire de même du point de vue des Etats-Unis. Mais là, je m’écarte du film.


Il est une règle absolue au cinéma : il ne suffit pas de dire les choses, il faut les montrer.

Et ce qui fait que ce personnage n’a aucun intérêt, c’est que là où l’on attendait que Light Yagami fasse une erreur, ici on attend tout du long de voir Light Turner faire quelque chose d’intelligent. On voit qu’il est stupide, mais on nous parle sans cesse de ses capacités.

Enfin, ce personnage, dans sa construction, n’a aucun but. Il est totalement porté par les évènements ou tenu par la main par les autres personnages. Pire, ici il fait tout ça pour plaire à la fille !

Là où Yagami était proactif, connaissait les règles du Death Note sur le bout des doigts, les pouvoirs qu’il avait entre les mains, Turner ne cesse de se faire influencer, de prendre des risques absurdes ou d’être déstabilisé par les évènements imprévus.

Là où Yagami jouait une partie d’échec contre L, où chacun avait 10 coups d’avance en tête, Turner est encore en train de lire la notice sur la boîte de jeu. C’est un personnage tellement faible, dont on nous a tellement pas montré de capacités, que lors des twists on est parfois presque étonné qu’il ait été moins stupide que ce que l’on imaginait. Un twist dans le twist, involontaire évidemment.


Face à un personnage aussi brillant que Light, il fallait un adversaire à la hauteur ! Un Sherlock Holmes, un Poirot… L nous est présenté dans le manga et l’anime comme un homme surdoué, enquêteur indépendant ayant résolu quelques cas insoluble pour Interpol. La surprise étant que l’on découvre en fait que ce L est un jeune homme, tout comme Light, mais que lui, pourtant du bon côté de la loi, est l’individu au comportement étrange. Il a pour caractéristique de n’avoir ni nom, ni visage, élément indispensables à l’usage du Death Note. Il est donc l’adversaire idéal pour affronter Light, partageant avec lui des facultés intellectuelle supérieures.

Je pense que vous l’avez compris, dans le film, Light Turner est un crétin asocial. Pourquoi donc mettre face à lui un adversaire trop brillant, trop génial, trop efficace ? Service minimum pour le personnage de L. On applique strictement la recette, sans même la comprendre, en exagérant les traits de caractère. Tout y est, sans ou avec trop de justifications, à ceci près qu’ici L est affaibli par une sensibilité exacerbée, typique des enquêteurs sociopathes des séries américaines de ces dernières années. Alors que le personnage original possède des aspects sympathique évidents, ici cela devient une extrême faiblesse de caractère, qui le poussent à suivre bien plus souvent son instinct que son intellect, le poussant à commettre des erreurs et prendre des risques inutiles, tout comme Light.

En vérité, ce film souffre, scène après scène, d’un nivellement inexorable vers le bas.


Evidemment la confrontation des deux personnages ne marche absolument pas. Ils ne partagent rien, n’ont aucune forme de respect l’un pour l’autre. Tout ce qui faisait le duel sans fin du manga, devient une faible bataille d’egos, qui se résout finalement très vite étant donné l’incompétence crasse du personnage principal.

Evidemment, tout ceci est noyé dans une intrigue amoureuse sirupeuse où l’on comprend bien mieux que le personnage qu’il est manipulé. La force de l’anime était toujours de s’interroger sur la notion de bien et de mal, et sur le fait que Kira se situait ou non du bon côté. Ici, étant donné que toute identification au personnage principal semble impossible, aucune interrogation à avoir. On se soucie légitimement très peu de cet aspect là


Autre énorme problème du film, il n’énonce pas les règles du Death Note. On les découvre au fur et à mesure ce qui donne l’impression qu’elles apparaissent systématiquement pour faire avancer le scénario. C’est évidemment un outil scénaristique, mais tout l’intérêt réside dans le fait que cela ne se voit pas. Les règles, au delà de ne pas être claires et de créer de fausses incohérences qui font paraître le film encore plus stupide qu’il n’est, ont été très largement modifiées par rapport à l’oeuvre originale. D’une part, cela réduit grandement la richesse des opportunités scénaristiques. D’autre part, cela déforme beaucoup le propos d’une film. On attribue un aspect “malédiction” facile au Death Note, qui est simplement un outil administratif égaré (à dessein) par un “fonctionnaire de la Mort”, avide de mettre un peu de piquant dans son quotidien. Le personnage de Ryuk est évidemment intéressé, mais il ne s’agit pas d’un diablotin maléfique ou d’un démon comme le perçoivent les religions chrétiennes. Pour ce qui est de son esthétique, je suis adepte des techniques d’animation traditionnelles, mais là on a affaire à un géant gauche de latex, auquel on a collé un visage numérique.

D’ailleurs, l’esthétique générale du film rappelle énormément la saga Twilight, dans sa photographie, ce qui personnellement m’évoquent de biens grisâtres souvenirs.


Il resterait bien des choses à évoquer, comme la médiocrité du père à qui on confie une enquête internationale, les vengeances personnelles stupides, le parti pris gore façon Destination Finale hors de propos, les personnages qui braillent au sujet du Death Note en plein lycée, ou encore, au choix, le bêtisier maladroit du générique de fin ou le fait que les scénaristes n’ont tellement pas d’idées qu’un des agents du FBI s’appelle Jack Ryan. Bref, tant à reprocher à ce film que je propose d’en rester là. Dispensez-vous de cela, notamment si vous n’avez jamais lu le manga ou visionné l’anime.

Et là, j’apprend que Adam Wingard, le réalisateur, devrait s'occuper de Kong VS Gozilla, et qu’une suite au film de Netflix est déjà en projet. Evidemment, trop curieux de voir ce qu’ils avaient fait d’une de nos oeuvres préférés, comme d’habitude, on s’est précipités, et comme souvent on s’est faits avoir. Quel intérêt de tenter au moins de faire un bon film, sans même parler d’une adaptation correcte, quand il suffit simplement de coller le nom d’une licence sur un long métrage médiocre ?

De Adam Wingard

Avec Nat Wolff, Margaret Qualley, Lakeith Stanfield... Genres : Thriller, Epouvante-horreur, Fantastique Nationalité : USA

Durée : 1h41min


Date de sortie 25 août 2017 sur Netflix (1h 41min)


© 2017 Les Critiques de Nico. Créé avec Wix.com

This site was designed with the
.com
website builder. Create your website today.
Start Now