LES AVENTURES DE SPIROU ET FANTASIO, la critique


Je n’ai qu’une vague connaissance de l’univers et des aventures de Spirou, je l’admets. Mais je suis sûr d’une chose : dans ce film, on est très loin des travaux de Franquin, Tome, Janry et les autres.


Alors que le professeur Zorglub fomente un plan machiavélique pour prendre le contrôle de l’humanité, une bande de jeunes aventuriers/journalistes/??? vont se placer sur sa route.


Peut-être me ferai-je insulter pour ça, mais personnellement, j’ai toujours perçu Spirou comme une sorte de variation de Tintin. Je le vois comme issu d’un même archétype de héros du début du XXe siècle, à l’exception près que contrairement à son collègue en culotte de golf, ses éditeurs ont pris le parti de lui faire suivre l’évolution des modes et des époques. Ainsi, ce personnage, passé d'un auteur talentueux à l'autre, est toujours parvenu à rester lui-même, dans l'air du temps. Il a vécu des aventures tantôt de sciences fictions, fantastiques ou policières, mais toujours en conservant ses caractéristiques d’origine. En somme, on peut placer Spirou dans beaucoup de situations différentes, lui faire vivre toutes sortes d’aventures, à condition de toujours respecter l’essence du personnage et si possible d’y ajouter un parti pris d’auteur. La série a vécu énormément de ré-interprétations et d’adaptations au fil de ces dernières années. Manifestement, la dernière en date n’est clairement pas la plus habile.


Pour commencer, Les Aventures de Spirou et Fantasio ne parvient pas à établir son univers. On navigue à vue à travers des décors (une demi-douzaine seulement), à la croisée des années 50 de Franquin et d’une époque contemporaine mal déterminée. Tout ceci avec l’astuce opportune de toujours choisir des environnements hors du temps (un hôtel de luxe, un souk, un désert…) pour finalement ne jamais avoir à décider au risque de faire exploser un bien maigre budget. On marche déjà sur des oeufs.


Autre problème, et non des moindres : le personnage qui nous est présenté est à mille lieues du Spirou que l’on connaît.

Certes espiègle dans ses premières aventures en 1938, Spirou devient très vite le stéréotype du héros de bande dessinée. Il va au devant de l’aventure, sa morale est stricte et claire, son courage sans faille et sa capacité d’entraînement sans limite. Il est pensé comme un jeune homme inspirant auquel le lecteur pourra d’identifier, distribuant quelques valeurs sociales au passage. Le cahier des charge est clair et simple.

Pour sa part, Thomas Solivérès interprète un jeune voleur, que l’on aurait pu comparer de façon hasardeuse à un Arsène Lupin, la morale en moins, qui agit par appât du gain, fuit le danger et va même jusqu’à tuer sciemment un personnage. Avouez que l’on est assez loin du groom roux de l’Hôtel Moustique.

Au delà de l’écriture, et j’aimerais pouvoir faire l’impasse sur le physique, ce jeune comédien n’a pas tout simplement pas l’étoffe pour le rôle. Spirou, c'est la promesse d'un jeune homme, toujours en mouvement, héros d’action, et l’on nous sert un comédien qui n’est jamais aussi ridicule que lors qu’il court ! Un vieil adolescent gauche et agaçant qui ne correspond pas franchement à l’idée que l’on se fait du personnage.

Peut-être voudrait-on nous faire croire à une origin story, mais l’emprise du jeune homme, sur les événements, est si mince que l’on a du mal à croire que ceux-ci aient une influence sur sa propre évolution. Aucun espoir que ce personnage ne devienne le héros que l’on connaît.


Pour finir, comble d’un film intitulé Les Aventures de Spirou et Fantasio, ces deux personnages n’ont strictement aucune incidence sur le déroulé des événements. Ils n’ont pas conscience des enjeux, ils n’ont pas conscience de la menace de Zorglub, et les actions qu’ils effectuent ne changent rien à l’avancée du scénario. Ils se baladent, se lient progressivement d’amitié, certes, mais à vingt minutes Champignac et Seccotine sont fait prisonniers pour en arriver toujours au même point une heure plus tard. A tel point que, jusque très tard dans le film, Zorglub n’a même pas connaissance de l’existence de Spirou. Ramzy Bedia, avec toute la bonne volonté qu’il met à être un méchant à peu près convenable, en est réduit à la médiocrité par la faiblesse de l’adversaire qui lui est opposé. Et Seccotine, sous les traits de Géraldine Nakache, à être tour à tour la jeune femme indépendante et la princesse en détresse en fonction des besoins du script. Quant à Christian Clavier en Champignac, on est à mi-chemin entre un Astérix vieillissant et le septuagénaire bourgeois qu’il a pris l’habitude d’interpréter systématiquement ces dernières années. Enfin, peut-être faudrait-il sauver Fantasio, dont Alex Lutz interprète plutôt bien la bonhomie du journaliste, teintée de mauvaise foi et d’une lâcheté toute relative. Dommage de ne pas lui avoir associer un Spirou au moins à la hauteur. Définitivement, ce qu’il manque à ce prétendu film d’aventure, c’est un protagoniste, un véritable personnage principal, un point de vue, un objet d’identification.


Pour toutes ces raisons, en plus d’être une bien médiocre adaptation, Les Aventures de Spirou et Fantasio est un mauvais film. Mais pourquoi maintenant ?

Si l’on creuse un peu l’actualité, on comprend rapidement que la succession précipitée d’adaptation des personnages des éditions Dupuis (Seuls, Le Petit Spirou, Spirou et Gaston en à peine plus d’un an) n’a que pour objectif de faire vivre les différentes marques en vue de l’ouverture prochaine du Parc Spirou.

En hommage aux exceptionnels auteurs qui se sont succédés dans les pages du Journal Spirou, et dans la volonté de faire briller un patrimoine européen du neuvième art, ces oeuvres auraient mérités un bien meilleur traitement, ou simplement qu’on les laisse tranquilles.

Il est possible que le film Gaston Lagaffe me fasse mentir, mais qui peut penser qu’après avoir échoué à gravir une colline, des producteurs de cette trempe parviennent à vaincre un Everest de la bande dessinée ?


De Alexandre Coffre

Avec Thomas Solivérès, Alex Lutz, Ramzy Bedia, Géraldine Nakache, Christian Clavier, ... Durée : 1 h 29 min



Date de sortie 21 février 2018



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