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READY PLAYER ONE, la critique

22/04/2018

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Ready Player One ne parle pas simplement d’héritage, il parle d’un nouveau cycle qui s’achève. Spielberg, sans fausse modestie, raconte la démarche de passer après ses pairs dans l’histoire du cinéma, ce qu’il a dû admirer, appréhender, connaître, assimiler avant d'en faire sa propre création, et à terme ce qu’il laissera derrière lui.
Si bien évidemment Hallyday représente Spielberg, en vérité, le personnage de Wade l’incarne tout autant dans ses jeunes années. Lorsque je repense à l’allure et aux traits de son personnage principal, je ne peux m’empêcher de l’imaginer lui au même âge lors qu’il explorait clandestinement les plateaux, décryptant pas à pas le langage cinématographique qui allait être le sien avant de le révolutionner. Pour cause, les références auxquelles Wade doit faire appel pour aller au bout des épreuves diffèrent largement de celles du roman.


Dans la première épreuve, il s’agit de vaincre Kong, le tout puissant Kong que l’on dit imbattable. On n’évoque pas ici le King Kong de 2005, mais bien évidemment le film de 1933. Le monument fondateur du cinéma à grand spectacle. Contrairement à Dracula ou Frankenstein, ses aînés, le singe géant n’est pas issu de la littérature. C’est une pure création cinématographique, qui est restée une référence absolue pour bon nombre d’artistes qui ont suivis. Et Spielberg confirme ce fait établi. On ne peut pas battre King Kong. Beaucoup ont essayé, ils sont d’ailleurs représentés sur la ligne de départ de cette course. Tout ce que vous voudrez, mais ce film est la pierre fondatrice de la cathédrale que forment toutes ces oeuvres cultes.
Par exemple, Akira, qui semble assez éloigné et revient sur la jeunesse d’un peuple qui a connu la destruction nucléaire sur son sol. Le début de cette réflexion et appropriation de l’histoire japonaise, c’est Godzilla. Or le Roi des Monstres n’aurait très certainement pas existé sans l’influence de King Kong.

King Kong est un point fixe dans l’Histoire du cinéma, et pour pourrez recommencer la course encore et encore, si vous voulez le battre il vous faudra trouver une voie détournée, un autre chemin.

 

Dans la seconde épreuve, la question est de réussir à survivre à l’Overlook Hotel. D’abord, Ready Player One, ça n’est pas du fan service. Une évidence à la lecture du roman : l’auteur, totalement incertain de voir sa première oeuvre publiée s’est avant tout fait plaisir à lui-même. Il ne s’agit pas de flatter le public, il s’agit de parler de ce que l’on aime. Pour ce qui est du film, on argumentera que Spielberg n’a pas les références de Gundam ou de Street Fighter et qu’il ne s’agit là que d’exploitation commerciale.

Non. Contrairement au roman, la quête de Wade devient très rapidement un travail collectif. Spielberg compte, au sein de l’extraordinaire équipe qui a participé à ce film, des fans absolu de ses propres longs métrages, mais également de toutes les licences représentées ici. Et de fait, y a t-il une seule de ces références qui n’ait été parfaitement respectée, voir représentée pour la première fois à sa juste valeur sur grand écran ? Non plus.

Revenons à l’Overlook Hotel. Spielberg est reconnu comme le continuateur de Kubrick. Il a repris plusieurs de ses projets (I.A. et prochainement Napoléon, croisons les doigts) en accord avec sa famille. Comme lui, il a été un jeune Mozart du cinéma qui s’est imposé inexorablement comme la nouvelle génération (au passage, exactement ce que Wade symbolise). Kubrick est probablement LA référence absolue de Spielberg. Dans cette seconde épreuve, en recréant entièrement l’univers de Shining, probablement le film d’horreur le plus déstabilisant, il se fait plaisir à lui-même. Il rend hommage au maître en rêvant de faire évoluer sa propre caméra dans ce décor. D’ailleurs, il ne vient pas y changer un poil de moquette, car pour lui cette oeuvre a tout simplement atteint la perfection du genre. Les seuls raccourcis qu’il s’autorise ne viennent qu’appuyer le fait que l’on sait ce qu’il va se produire ensuite et combien ce film est terrible et incontournable. Les facilités spectaculaires ne viennent que confirmer le fait qu’il reconnaît ne pas posséder lui-même le temps, ni le talent de poser l’atmosphère qu’a su créer Kubrick dans ce film.

 

Enfin, la dernière épreuve est également une leçon de la part du réalisateur. En définitive, on dira “un film de …” et de fait Wade se retrouvera seul face face à l’épreuve finale, celle de savoir si il a été au bout de la compréhension de ce qui l’entoure. Celle de trouver l’auteur au sein de l’oeuvre. Mais avant, Spielberg veut nous faire la démonstration que rien ne peut être accompli en solitaire. Dans l’extraordinaire bataille qu’il met en scène, en mêlant les maquettes de Harryhausen et les toutes dernières licences du jeux vidéos, je vois la reconnaissance de ses influences mais surtout celle de la vitalité des jeunes gens qui ont donné d’eux mêmes, se sont parfois sacrifiés afin de mener à bien ses projets. Il reconnaît la force de la jeunesse, pour en avoir été un grand représentant.

D’ailleur, sans lui-même s’en rendre compte je pense, beaucoup de ces personnages n’auraient pas autant de vitalité aujourd’hui sans lui.
On voit apparaître brièvement les Tortues Ninja. Si Spielberg n’avait pas encouragé Lucas à propos de Star Wars, l’industrie du jouet serait peut-être très différente aujourd’hui. De même, il a été producteur de Qui veut la Peau de Roger Rabbit. Or ce film a permis de relancer l’industrie du dessin animé à une époque où les Studios Disney enchaînait les échecs. Sans cette démarche, vous pouvez oublier les Tortues telles que vous les connaissez.

 

En définitive, ce que tente d’expliquer Spielberg à travers Ready Player One, c’est, qu’avant lui, le plus grand monstre existait déjà, le plus grand réalisateur également, ainsi que tout ce qui a fait et fera le cinéma. Il évoque des références beaucoup plus anciennes que dans le roman, moins vidéoludiques, plus personnelles, parce que c’est de son héritage à lui qu’il parle. Il a vu depuis ses débuts apparaître d’innombrables films et licences toutes plus géniales les unes que les autres, des artistes, des réalisateurs irremplaçables. Et pourtant, il sait qu’après lui, il reste énormément de place à la création. Avant lui, on aurait pu dire “on arrête le cinéma”, et le cinéma aurait déjà été une grande chose dans l’histoire humaine. Mais ce que lui et les gens de sa génération en ont fait est quelque chose d’encore plus fort. Et il peut être encore plus grand, avec la nouvelle génération.

D’où la fin, que certains journalistes susceptibles ont taxé de réactionnaire. D’abord, l’interrogation posée : qu’est-ce qu’Hallyday/Spielberg ? Une vraie personne, un souvenir ou bien en définitive, une oeuvre, qui dira au générations futures, à travers une successions de choix artistiques complexes qui était le créateur ? James Cameron a fait récemment la révélations selon laquelle il aurait pu réaliser Jurassic Park et combien le film aurait été différent. C’est amusant qu’il ait eu cette démarche maintenant car c’est exactement ce que raconte Ready Player One. Si vous voulez savoir qui est Spielberg, peut-être aurez vous le plaisir de parler avec lui pendant deux heures pour faire sa connaissance autour d’un café, mais si vous voulez véritablement connaître Spielberg, au delà même de ce qu’il peut savoir lui-même, regardez ses films, car c’est à ça que l’on reconnaît une oeuvre. Elle raconte toujours son auteur. Et j’en viens à la réplique de “vieux con” qui termine ce film. Le cinéma, les jeux vidéos, la musique… sont des choses fantastiques mais comprenez qu’au delà des archéologues intrépides, des extra-terrestes bizarroïdes ou T-Rex menaçant, ce qui vous a touché au fond de vous même, c’est l’interrogation des croyances, la rupture, la formation ou la protection d’une famille sous toutes ses formes. Et c’est indéniablement la vraie vie qui vous apporte les clés pour comprendre, pour être touché et pour créer à votre tour.

 

 

 

Réalisation : Steven Spielberg

 

Acteurs principaux :

Tye Sheridan
Olivia Cooke
Ben Mendelsohn
T. J. Miller
Simon Pegg
Mark Rylance

 

Durée : 140 minutes

Sortie le 28 mars 2018

 

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