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VENOM, la critique

14/10/2018

 

“Venom : le Carnage”, “Venom : le Catwoman de Tom Hardy”. La mauvaise blague pour faire du clic, ou l’aveuglement opportun devant le nivellement total des franchises Marvel.

 

Eddy Brock, reporter “fouille merde”, perd tout après une interview à bâton rompu avec un ponte de la Silicon Valley. Obstiné, il poursuit son enquête jusqu’aux laboratoires de l’industriel, où il est infecté par un parasite, le symbiote Venom.

 

Petit rappel de contexte. La  licence du Spider-verse a été cédée dans les années 90 afin de renflouer les caisses de Marvel, qui à l’époque était en perte de vitesse face au départ de ses dessinateurs mal considérés. Passé de mains en mains, jusqu’à tomber dans l’escarcelle de Sony, Spider-Man fait partie des personnages dont Disney ne dispose pas des droits d’exploitation, comme Blade ou les X-Men. Problème, Brian Michael Bendis, au milieu des années 2000, établit un fait simple : les Avengers doivent rassembler les plus puissants héros de l’univers Marvel, cela comprend Wolverine, et bien évidemment son personnage le plus populaire, dont chaque petit garçon semble tôt ou tard vouloir porter le costume : Peter Parker alias Spider-Man. Lors des prémices de la phase 3 du MCU (après Avengers 2), une contrainte va s’imposer. Il va falloir apporter du sens neuf, et des négociations avec Sony deviennent inévitables. J’en viens au point le plus important : malheureusement, entre temps, Avi Arad, producteur, a décidé que le MCU devait former un tout cohérent, dramatiquement et visuellement, tout public, sans aspérité susceptible de choquer les parents. Nivelé au maximum. Ca n’est pas une évolution, dès son deuxième film, on passe sur l’alcoolisme de Tony Stark pour en faire un simple fêtard.

Nous voilà aujourd’hui, et l’on entend partout que Venom, production Sony totalement supervisée par Disney, est un film gentil, pour enfants. Peut-être fallait-il se réveiller avant, non ? Que dira-t-on bientôt, après un Logan qui découpe des adversaires face caméra, lorsque nous découvrirons un nouveau Wolverine dont les grimaces deviendront le prétexte à une nouvelle blague de Tony Stark ? Le film Venom est au niveau du MCU, ni plus ni moins, il n’est pas au niveau d’un Black Panther ou d'un Infinity War, mais il reste néanmoins bien meilleur que certains autres.

 

Certes, son scénario est très proche de celui de Catwoman, beaucoup mieux réalisé si l’on est honnête et que l’on a un peu de mémoire. Mais combien de fois le MCU s’est permis de nous re-servir encore et encore la même trame sans aucune surprise ?

De plus, il existe une différence de taille : la présence de Tom Hardy au générique de ce film-là. Découvert avec Bronson, Tom Hardy a toujours été un acteur grandiloquent, jouant de sa carrure et de sa figure en allant souvent à la limite du grotesque. C’est ce qu’il faisait en tant que Bane, et qu’il a apporté au personnage de Mad Max. Où est donc la surprise ? Certe on est loin du personnage plein de haine absurde envers Peter Parker, grand absent du film, mais il apporte tout son côté cool à Eddy Brock. Il en fait un personnage attachant qui deviendra, de façon cohérente, l’anti-héros que l’on a connu plus tard dans les comics. Petit bonus, il apporte toute son expérience des turbo gueules de bois dans le deuxième acte du film ! Il est vrai que ça n’est pas très glorieux mais je pense que l’assimilation du symbiote doit beaucoup aux troisième mi-temps britanniques du comédien...
Et que l’on ne s’y trompe pas lorsqu’on l’accuse d’en faire des caisses, il joue tout simplement Venom sans la métamorphose complète. Grâce à lui, et son alter ego, j’ai passé un très agréable moment, comme d’habitude, que je n’ai pas envie de bouder.

 

 

Si l’on doit pointer du doigt les défauts, il faut plutôt se tourner vers les seconds rôles qui eux, effectivement, sont catastrophiques. Par l’écriture, mais aussi par le jeux. Ils sont stéréotypés, très souvent ridicules ou à la limite de la bêtise.
Michelle Williams nous sert, elle, une des pires performances de sa carrière, rivalisant avec la Natalie Portman de Thor 2. Personnage fonction, elle sert avant tout à donner un passé standard à Eddy Brock (on revient au nivellement), qui n’en avait absolument pas besoin. On lui attribue un couple modèle, des fiançailles, là où la quête d’un journaliste acharné et populaire, bafoué dans son métier aurait largement suffi.
Le plus gros problème reste néanmoins l’adversaire que doit affronter Eddy Brock. Sous les traits du fluet Riz Ahmed, le personnage de Carlton Drake (sans commentaire), nous offre la plus grotesque caricature du chef d’entreprise opportuniste de la Silicon Valley. Tout y est : le mépris des subalternes, le pouvoir tout puissant de l’argent et même la quête écologique la plus dévoyée, que ne renierait pas certains ennemis de 007 des plus mauvais épisodes. Le comble est poussé jusqu’à faire combattre, en mano à mano, ce freluquet avec un Tom Hardy particulièrement remonté. Il faut reconnaître une certaine bravoure à ce personnage après tout.

Le dernier point dérangeant, mais pas vraiment imputable à cette production en particulier, est l’abondance d’effet spéciaux. Ca n’est pas un problème en soi, tant que cela sert l’histoire, mais la taille de ces productions impose de faire appel à de très nombreuses sociétés, dans des délais extrêmement courts dans le but d’aboutir à un projet unifié. Ici ça ne marche pas. On passe du très mauvais, au très bon. Dans l’ordre, les écrans verts de course poursuite d’un autre âge, le symbiote très discutable dans la forme de base, bien inférieur à la version de Sam Raimi d’il y a 11 ans, et enfin un Venom très réussi, effrayant, parfois amusant et mais surtout spectaculaire, malgré les limites de la mise en scène Marvel.


En résumé, un blockbuster qui remplit le contrat Marvel, de l’humour, une dramaturgie toute relative mais un divertissement honnête à la hauteur du prix du billet, avec en prime un Tom Hardy plutôt au naturel. Ca pique parfois les yeux, ça fait un peu souffler de temps en temps, mais on est très loin de la purge dénoncée partout et de l’escroquerie d’un Ant-Man & The Wasp qui ne valait le déplacement que pour sa scène post-générique. 

 

 

 

Réalisation : Ruben Fleischer

 

Acteurs principaux : 
Tom Hardy
Michelle Williams
Riz Ahmed

 

Durée : 112 minutes
Sortie le 10 octobre 2018

 

 

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