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HALLOWEEN, la critique

02/11/2018

écrit par

 Halloween, une licence “doudou” comme les autres. 

 

Pendant la nuit du 31 octobre 1978, la jeune Laurie Strode a échappé au psychopathe Michael Myers qui commit un carnage sur Haddonsfield, petite ville de banlieue américaine. Quarante ans plus tard, elle vit toujours recluse, en marge, traumatisée par les événements de cette nuit terrible. C’est alors que le Mal va frapper de nouveau.

L’industrie cinématographique est un générateur alimenté constamment par les modes. Nous avons eu les périodes des remakes, des reboots (la nuance est subtile), des prequels, aujourd’hui nous connaissons celle des effacements partiels de continuité qui mènent à produire “la vraie suite à l’originale”. Dans un fausse démarche rédemptrice, Hollywood nous dit “c’est vrai on a abusé de vous pour vous produire des suites sans intérêt, alors on efface tout et on va vous proposer la suite que méritait le chef d’oeuvre original”. Deux problèmes à cette démarche : d’abord on méprise la popularité des films qui ont participé à la survie de la franchise jusqu'ici, ensuite on vend l’idée que cette nouvelle mouture sera à la hauteur du film d’origine.

Petit aparté, si les studios avait reconnu à l’époque le talent de John Carpenter, il n’aurait pas eu la carrière difficile qu’on lui connaît. Il est bien confortable de dire aujourd’hui que sa filmographie est formidable...

 

Sans être un film catastrophique, Halloween 2018 souffre d’énormément de défauts extrêmement basiques qui mènent à une inefficacité complète de son but premier : faire peur.

Tout d’abord, grande maladie chronique, on cherche dans les suites actuelles à flatter le spectateur, par des reprises de plan, de répliques, qui fonctionnent dans une certaine mesure, mais qui mènent à un certains confort. J’ai conscience de mon intelligence, j’ai donc le sentiment de pouvoir deviner la suite, donc je n’ai pas peur.

Ensuite, Michael Myers est une icone du cinéma. On décide de le filmer comme tel : contre plongées régulières, gros plan et mise en valeur d’un beau masque bien travaillé, dissimulation opportunistes de son visage mystérieux (qui tourne presque au running gag, par les éléments qui viennent se placer dans le champs). Je sens constamment la mise en scène, je n’oublie jamais que je suis devant un film, bien confortablement installé dans mon fauteuil, donc je n’ai pas peur.

Enfin, on ne doit pas savoir quand le mal va frapper. Dans ce but Carpenter, en 1978, multipliait les points de vue, passait sans cesse d’un lieu à un autre sans que nous sachions que ce que nous voyions au travers de la caméra était véritablement la vision subjective de Michael Myers. Un jeu se met en place. Ici Michael opère de façon systématique, nouveau lieu, nouveau meurtre. Il arrive, il tue, il repart. Et il recommence. Ca justifie assez bien le port du bleu de travail du personnage, parce que cela rend tout mécanique. Les actions sont répétitives, systématiques, trop nombreuses, je m’y habitue, je n’ai pas d’appréhension sur la suite, donc je n’ai pas peur.

 

Ces éléments cumulés font que le films d’horreur tombe à plat, mais il souffre encore de bien d’autres problèmes scénaristiques qui aggravent cet échec. Deux principaux : le non développement et le manque d’utilisation de ses personnage, dont découle une structure en trois actes bien trop visible.

Deux personnages principaux, Michael Myers et Lauries Strode, sont développés dans une exposition interminable, parfois ridicule, souvent maladroite, et ne deviennent pourtant jamais les points de vue principaux du film. Pour exemple, cette dernière, incarnée de nouveau par Jamie Lee Curtis, ne va effectuer aucune action lors de toute la partie centrale du film. Elle ne fait jamais avancer le récit dlors de ce segment. A l’inverse, un personnage très secondaire, qui devrait avoir un passé bien plus développé, est présentés à toute vitesse par des flashbacks fainéants, qui tombent “comme un cheveux sur la soupe”. Ces éléments auront pourtant une place centrale dans le dénouement. D’autres disparaissent totalement une fois leur fonction effectuée, et pas de la main du boogeyman, mais bien de celle du scénariste qui semble les avoir oublié. Il n’y a en fait aucune hiérarchie, aucun choix efficace dans la fonction des personnages.

Peu à peu, on voit ainsi se dessiner la structure convenue d’un film qui n’atteindra jamais véritablement son but. Tout ceci aggravé d’un montage approximatif et d’une direction d’acteur catastrophique où des personnages bougent de façon étrange et où certains plans continue dans le vide sans que le comédien n’ait plus rien à jouer.

 

La déception vis-à-vis de ce nouvel Halloween est à la hauteur de la prétention du projet à égaler le film original de John Carpenter. Bien que l’on nous dise qu’il ait participé au projet, je ne crois pas une seconde qu’il ait eut un regard véritable sur le film. Comme James Cameron sur Terminator, et Akira Toriyama sur Dragon Ball Evolution et Super avant lui, il est venu autoriser l’utilisation de son nom et prendre un chèque que définitivement il ne leur aura pas volé.   

 

 

 

Réalisation : David Gordon Green
 
Acteurs principaux : 
Jamie Lee Curtis
James Jude Courtney
Andi Matichak
Judy Greer
Haluk Bilginer

 

Durée : 109 minutes
Sortie le 24 octobre 2018

 

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