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LE ROI LION, la critique

21/07/2019

écrit par

 

“Walt Disney Pictures vous invite à découvrir, ou à redécouvrir, un grand classique du dessin-animé.”
Il était beau ce temps du nouvel âge d’or du studio où nous connaissions la ressortie en VHS de films parfois vieux de plusieurs dizaines d’années, présentés comme des chefs-d’œuvres intemporels, alors même que nous découvrions sur grand écran de nouveaux films qui étaient assurément destinés à entrer dans cette extraordinaire tradition. C’était alors les balbutiements de la 3D, l’époque du tâtonnement et de la contrainte technique créatrice.
Après une période de disette, résultat de la mort de son fondateur et de luttes politiques internes, le studio était revenu sur le devant de la scène avec de grands films, que sont La Petite Sirène, Aladdin et la Belle et la Bête. C’est alors qu’en 1994 arriva Le Roi Lion, petit projet négligé par la maison aux grandes oreilles sur lequel très peu de ses animateurs voulait travailler. Ce film représenterait finalement l’aboutissement de l’animation 2D, un long métrage culte pour une génération et un des plus grands films de tous les temps. 


Mais que représente tout ça aujourd’hui ? Comment prendre au sérieux ces œuvres qui nous ont été proposées comme des “Classiques” intemporels, alors même qu’on nous explique depuis quelque temps que ces créations auraient besoin d’être mises au goût du jour ?
Si une chose marque notre époque, au niveau cinématographique, c’est que les grands studios de l’histoire du cinéma américains sont en train de perdre leur identité face au tout puissant marketing. Ainsi, la Warner ne fait plus confiance en ses réalisateurs et Disney ne croit plus en son héritage. 

 

Nous sommes aujourd’hui en 2019. Aladdin, le remake, est encore en salle quand sort une autre “remise au goût du jour” d’un de leur classique : Le Roi Lion. Il est attendu à la hauteur de ce qu’il représente pour le public. Ils ne doivent pas se rater. Pourtant, la fréquence de sortie de ces films démontre une précipitation commerciale. C’est déjà le troisième remake à sortir cette année, sans jamais se laisser le temps de prendre du recul sur la démarche. Pourtant plusieurs approches ont déjà été envisagées : le changement de point de vue ou la réécriture partielle ou quasi-complète du scénario. Ici, aucun risque à prendre. Disney choisit de recopier scrupuleusement le film original.
Les consignes sont claires : on reprend le scénario de 1994 à la virgule près. Une fois les environnements et les personnages modélisés, on s’appuie scrupuleusement sur la mise en scène du film original. Si changements il y a, ils doivent se limiter à palier aux limites de l’animation 3D, ou bien faire coller davantage certains aspects à l’idéologie actuelle du studio.

Ainsi sont sacrifiés les singes bleus et éléphants rouges de la chanson Je voudrais déjà être roi issus de la vision du monde enfantine de Simba et les références aux défilés nazis de Soyez Prêtes qui ne laissaient aucune ambiguïté sur les intentions malfaisantes de Scar. On sacrifie ainsi une imagerie visuelle parlante thématiquement, à la faveur d’une mise en scène qui se veut réaliste. Cependant, elle démontre simplement les limitations du photoréalisme 3D, qui n’autorise aucune déformation physique, ni aucune fantaisie de mouvement, face à une animation 2D dont c’est la force et pour lequel le scénario original a été écrit.


 

 


Pour ce qui est de l’idéologie, on surligne les aspects écologistes et féministes dont il est apparemment important de faire démonstration aujourd’hui. Ainsi, on tente de faire de Nala un personnage rebelle, alors même qu’elle l’était déjà, prête à partir seule à la recherche de renforts et également prête à défendre seule la Terre des Lions (qui, il me semble, perd même son nom) si Simba venait à échouer. 
On rajoute également à Mufasa quelques petites réflexions écolos, là où le discours du cycle de la vie était totalement clair. Ce qui est d’autant plus remarquable que tout le reste de ses dialogues est identique. Peut-être à l’exception d’une phrase digne de JFK qui démontre que Disney n’assume plus du tout la figure du monarque.
Enfin, une très légère embardée sur les préjugés où Simba est constamment vu comme un prédateur, malgré ce qu’il apporte à la communauté de l’Oasis où vivent Timon et Pumba. Mais ça m’ira jamais plus loin. Cependant, cela nous rappelle que l’herbe n’est pas forcément plus verte ailleurs, même parmi des communautés d’hippies façons Hakuna Matata.
Cela pourrait relever du détail, mais représentant les uniques changements vis-à-vis de l’original, ils se voient comme le nez au milieu de la figure.

On parvient à rire quelques fois dans les très rares improvisations de Timon et Pumba, mais cela ne fait que nous rappeler qu’un comédien se cache derrière ces visages d’animaux sans expressions, déchargés de la puissance de l’anthropomorphisme propre à l’animation traditionnelle.
J’en viens donc au plus gros problème de cette nouvelle version du Roi Lion : les lions n’ont aucunes expressions autres que réalistes. Bien sûr, les animateurs ont réussi à insuffler un peu de vie dans les expressions des personnages secondaires, notamment le côté british de Zazu, mais les grands lions sont majestueux et les lionceaux mignons, absolument rien d’autre.
Dès lors Mufasa ne rend pas son sourire à un Zazu, fier de voir le lionceau qu’il a vu grandir devenu père. Mufasa ne pose pas tendrement sa tête contre celle Sarabi dans un geste d’égalité, Mufasa n’exprime ni la peur de voir son fils mourir, ni véritablement le choc de la trahison de son propre frère.

 

 


Car tout ça n’est pas possible dans la course au photoréalisme, parce qu’en en vérité les lions ne rugissent pas toutes dents dehors et les lionceaux ne versent pas de larme à la mort de leur père. On ne voit ça que dans les films d’animation de notre enfance.
 

Par honnêteté intellectuelle, on ne peut pas dire que Le Roi Lion de 2019 est un mauvais film, principalement parce qu’il s’appuie continuellement sur une grande histoire qui a fait la réussite du film d’origine. Mais la course au réalisme n’a fait que briser l’équilibre précaire qui fait la différence entre un bon film et un chef-d’œuvre.
Évidemment, je n’ai illustré cette critique que par comparaison, mais ça n’est pas moi qui ai commencé ce petit jeu-là

 

 

 Fiche technique : 
https://www.imdb.com/title/tt6105098/fullcredits?ref_=tt_ov_wr#writers/

 

 

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